Prom’s à la plaque

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- Avancez en rang dans le couloir.
Je suis à la queue, mais mon sac est léger. Pourtant, ce sera difficile d’arriver le premier ce soir. La classe est alignée dans le , Vinteuil et ses copains en tête. A la sortie, ils feront barrage pendant qu’un autre se sauvera.
Messieurs, aujourd’hui, nous descendrons par du fond. Demi tour face et gardez vos places ! dit le maître.
Il y a un grondement de rouspétance, avec soupirs et claquements de talons ; J’exécute la et je me retrouve en tête du rang avec Bombec. Je n’ose pas regarder le maître. J’ai l’impression que pour la première fois de ma vie j’ai un complice.
Le maitre conduit notre classe en rang jusque dans la cour, Bombec et moi en tête. Ca gronde un peu dans les . Des jaloux ! Mais le maître les fait taire d’un classement de doigts. Nous avançons avec Bombec, le pouce aux entournures, fiers, le reste de la classe derrière.
Le maitre conduit le rang à travers la cour de comme un cornac. On doit s’immobiliser. Il y a eu un accident. Le CE2 vient de refuser la priorité au CP ; C’est tout un méli-mélo de jambes, de bras, de cartables. Le rang quitte la cour et traverse le préau. On sort par le portail en fer derrière la . C’est là que M Brulé nous laisse aux dames de service qui gardent l’entrée. Bombec me donne un coup de coude.
Regarde !
Vinteuil et ses deux copains, Guilbaud et Donnier, progressent en dans le rang. Les dames de service ne s’aperçoivent de rien ;
On se retrouve sous la passerelle !
Bombec parle comme si on était sur le pont du Titanic. Devant nous, le rang des CE2 a déjà été à moitié avalé par la grande porte. Derrière, j’entends la .
« M’dame , y dépasse ! ... hé toi dépasseur ! »
Les petits bouchonnent. Vinteuil est à deux rangs de moi. Je serre mon sac sous mon bras et je relâche le nœud de ma de blouse.
« Ne poussez pas le CM1 ! »
Il n’y a plus que la dame de service entre moi et dehors. Vinteuil est collé dans mon dos, il me tient par la blouse en regardant ailleurs avec sa d’ange. Quilbaud marque Bombec.
« Allez -y et sans courir ! »
C’est la cavalcade ; Guilbaud se jette sur Bombec et l’écarte d’un coup dans le dos. Donnier surgit de derrière et plonge dans l’ouverture comme un pistard.
« Vas-y jacquot ! »
Vinteuil encourage son . Donnier s’échappe dans la rue avec son cartable sur le dos. Bombec essaie de s’interposer. Il est envoyé boucler contre la .
« Mais faites attention aux petits, tout de même ! »
D’un coup de coude dans les côtes, je me dégage. Il essaie de m’attraper par la ceinture. Je la lui laisse en . Cadeau ! Maintenant je peux m’élancer ; Au loin dans la rue, je vois le cartable de Donnier. La voie est . Je ne lâche pas le cartable de Donnier des yeux. L’écart diminue. Il est encore loin. Ce sera dur ; Une main essaie de m’agripper au passage. J’avais oublié cet de Guilbaud ;
« Vas-y Donnier ! »
Un en travers du trottoir brise son élan ; Il se rabat sur la chaussée. Donnier n’est plus qu’a un mètre de moi. J’entends son souffle ; Mais la plaque d’égout est juste là.
Donnier regarde du mauvais côté. Avec son gros cartable il ne me voit pas. Il me cherche. Je remonte presque à sa hauteur. les claquent bien. il tourne la tête. Il m’aperçoit. On est épaule contre épaule. Donnier se couche sur moi.
« Passe le coude ! Passe le coude ! » Il me balance avec son cartable ; C’est foutu !
La d égout est là ! Je me laisse brusquement glisser sous Donnier , les jambes tendues ; Il me retombe sur le visage. Mais je sens mon pied racler la plaque de fonte ;
« Je l’ai touché le ! »

D’après Daniel Picouli, Le champ de personne